Une histoire somme toute récente
Si les dents en elles-mêmes ne sont pas un organe vital dans nos civilisations – le nouveau-né prospère très bien sans elles, et l’on voit des édentés qui se nourrissent parfaitement –, leur présence joue néanmoins un rôle important, tant social que fonctionnel.
Les premiers traitements dentaires dont on ait connaissance remontent aux Mésopotamiens ; mais c’est chez les Phéniciens que l’on a retrouvé des dents de remplacement fixées aux dents restantes par des ligatures de fils d’or, ceci il y a environ 4500 ans.
L’idée du remplacement non seulement de la partie visible de la dent, la couronne, mais également de la racine par des implantations dans l’os de la mâchoire à travers la fibromuqueuse ou gencive, n’est certainement pas nouvelle. Des fossiles mis au jour dans la presqu’île du Yucatan montrent qu’il y a environ 2000 ans on implantait déjà des dents humaines ou animales, des fragments de nacre, d’os ou d’ivoire taillés, ainsi que d’autres matériaux. On connaît d’autres exemples d’implants anciens un peu partout dans le monde. L’un des cas les plus célèbres est celui d’un crâne précolombien sur lequel une pierre noire taillée en forme de dent avait été placée dans l’alvéole d’une incisive inférieure. Le tartre déposé sur cette dent, comparé à celui qui recouvrait les dents naturelles environnantes, prouve qu’elle est restée longtemps en place.
Il y a quelques siècles, en France et en Angleterre, on payait certains jeunes pour leur extraire des dents afin d’en remplacer chez les gens fortunés. Le taux d’infection était évidemment très élevé, sans parler de la transmission de tuberculose ou de syphilis par cette voie. C’est vers la fin du XIXe siècle que les premiers essais d’implantologie moderne voient le jour, avec le recours au caoutchouc, à l’or, à la porcelaine, à l’ivoire, taillés en forme de racine sur laquelle on vissait la dent artificielle. Devant le nombre d’échecs, ces techniques furent abandonnées.
A partir des années 1930, l’implantologie réapparaît sur des bases scientifiques, selon trois approches différentes successives.
1. Implants sous-périostés
Plaques métalliques adaptées à la forme de l’os et reposant à sa surface, avec des tiges émergeant dans la bouche à travers les tissus mous (décrit pour la première fois en 1937).
2. Lames endo-osseuses métalliques
(proposées par Linkow)
3. Implants endo-osseux cylindriques
Réalisés en différents matériaux biocompatibles: technique universellement utilisée aujourd’hui.
Le problème fondamental à résoudre a de tout temps été celui de l’intégration stable et durable de l’implant à l’os, sans formation environnante de tissu fibreux entraînant mobilité puis perte à plus ou moins brève échéance.
C’est par hasard qu’en 1952 un chirurgien orthopédiste suédois, Per-Ingvar Bränemark, a découvert la solution à l’origine du développement spectaculaire de l’implantologie moderne. Pour étudier la guérison de l’os après un traumatisme, il utilisait de petites chambres optiques implantées ; il s’aperçut que, lorsqu’elles étaient faites de titane, matériau particulièrement inerte sur le plan biologique, elles se retrouvaient littéralement soudées à l’os après guérison, et quasiment impossibles à déloger.
Il eut alors l’idée d’utiliser cette faculté, appelée ostéo-intégration, pour fabriquer des implants dentaires vissés dans l’os de la mâchoire. Les premiers essais sur des patients eurent lieu en 1965. En 1986, l’American Dental Association accorda à cette innovation son acceptation provisoire. On assiste depuis lors à une véritable explosion de cette implantologie renouvelée dans le monde entier. La Suisse a d’ailleurs fait partie des pionniers, profitant de l’expérience acquise dans le domaine de l’ostéosynthèse en chimie orthopédique, et dans celui de la mécanique de précision.
Le titane a résolu de façon presque idéale l’intégration des implants dans l’os. Certains fabricants proposent encore des systèmes recouverts d’hydroxyapatite ou d’oxyde d’aluminium qui fonctionnent également. Il subsiste néanmoins un point délicat : la sortie de ces supports dans la bouche à travers la muqueuse de la gencive : en effet, cette dernière doit former une barrière contre les micro-organismes de la flore buccale, et les empêcher de s’infiltrer dans l’os. Observant les taux de réussite impressionnants obtenus depuis de nombreuses années, on constate heureusement que la partie des implants enfouie dans les tissus est bel et bien protégée des infections pour autant que, comme pour la conservation des dents naturelles, le patient s’astreigne à une hygiène correcte et à des contrôles réguliers chez son médecin-dentiste.









