Les examens de laboratoire occupent une place paradoxale dans les procédures de diagnostic et de traitement médicaux. Souvent essentiels pour révéler ou confirmer une pathologie suspectée cliniquement, ils sont cependant accusés de se substituer abusivement à l’examen classique du malade, au dialogue entre patient et médecin. En outre, on juge souvent qu’ils constituent une part excessive des dépenses de santé.
Ces reproches, certes pas toujours injustifiés, devraient être entendus puisque, prochainement sans doute, une importance accrue sera accordée à la rémunération de l’activité médicale " noble ", celle de la consultation proprement dite.
Reste que l’importance qualitative des examens de laboratoire bien ciblés se maintient, voire augmente. Suivant la règle, l’utilité d’un tel examen dépend de la précision de l’objectif poursuivi par l’analyse, le résultat doit être suffisamment sûr pour la pathologie concernée, il doit être le plus efficient et le moins risqué dans la panoplie disponible pour l’investigation de la maladie en cause. C’est dire qu’une connaissance claire du potentiel et des limites de ces examens est requise du médecin.
Quant à la position des examens de laboratoire dans l’ensemble de l’activité médicale, les contributions de ce numéro du Fait Médical s’accordent à dire que chaque résultat d’analyse concerne à la fois le patient et son médecin: sa discussion a lieu au coeur de la " relation clinique "; il n’a pas statut d’annexe, apparemment objective, à la consultation; le médecin ne saurait s’en tenir à une lecture aussi savante que muette, induisant peut-être perplexité ou angoisse chez son patient.
Comme le montre le Professeur Pécoud, la perception de la nature et du sens de l’examen de laboratoire a sensiblement évolué ces dernières décennies. L’accent porté sur la nécessaire information du patient et sur l’intégration des examens dans l’ensemble de la consultation révèle bien les fondements éthiques de la relation clinique.
S’ils sont souvent quantifiés, les résultats des examens de laboratoire restent soumis aux risques de l’imprécision et de l’inexactitude. Aucun test ne vaut comme donnée brute, sans qu’une interprétation intelligente et critique en ait été fournie. De plus, le Dr Burnier souligne le faible rendement des " check-up " de laboratoire et les limites de ces tests dans des contextes de dépistages systématiques à l’échelle d’une population. Il attire justement l’attention sur le développement inconsidéré des tests prédictifs d’analyse génétique: on ne devrait recourir à ces derniers qu’à la condition, notamment, d’une possibilité d’intervention thérapeutique. A quoi servirait un examen prédisant une maladie à venir, si nous ne disposons, actuellement du moins, d’aucun moyen préventif ou thérapeutique?
Finalement, les recherches en filiation, comme l’explique le Dr Brandt, constituent un type particulier d’examens, dont la grande technicité n’a d’égal que l’extraordinaire impact éthique, affectif, juridique qu’ils peuvent générer. Là encore, les conditions dans lesquelles les résultats sont transmis jouent un rôle capital.
A l’évidence, les examens de laboratoire continuent d’occuper une place de choix en médecine, et il est nécessaire d’en affirmer l’intégration à l’ensemble de la relation clinique, en impliquant judicieusement toutes les personnes concernées.






