La visite de médecine du travail concerne tous les salariés du secteur privé, quel que soit leur contrat : CDI, CDD, intérim, apprentissage ou temps partiel. Elle est organisée par l’employeur auprès d’un service de prévention et de santé au travail, a lieu au plus tard dans les 3 mois suivant la prise de poste, puis se renouvelle au moins tous les 5 ans. Elle est aussi obligatoire au retour de certains arrêts. Son but est préventif : vérifier que le poste ne nuit pas à la santé du salarié, et non soigner ou contrôler un arrêt maladie. Le temps passé compte comme du temps de travail effectif.
- Embauche : visite d’information et de prévention dans les 3 mois (2 mois pour un apprenti, avant l’affectation pour un travailleur de nuit ou un mineur).
- Reprise : examen obligatoire dans les 8 jours après un congé maternité, une maladie professionnelle, un accident du travail d’au moins 30 jours ou une maladie d’au moins 60 jours.
- Pré-reprise : possible pendant un arrêt de plus de 30 jours, à la demande du salarié ou de ses médecins.
- Coût et horaires : visite rémunérée, sur le temps de travail, frais de déplacement à la charge de l’employeur.
- Contestation : 15 jours pour saisir le conseil de prud’hommes.
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Visite médecine du travail : un rôle de prévention, pas de soin
Le médecin du travail exerce au sein d’un service de prévention et de santé au travail (SPST). Les grandes entreprises disposent parfois d’un service autonome, mais la plupart adhèrent à un service interentreprises, le SPSTI, financé par une cotisation patronale. Le médecin y travaille avec une équipe pluridisciplinaire : infirmiers en santé au travail, médecins collaborateurs, internes, ergonomes ou psychologues du travail. C’est pourquoi la visite d’embauche n’est pas toujours réalisée par un médecin : un infirmier peut la conduire, puis orienter le salarié vers le médecin si un point le justifie.
Sa mission est exclusivement préventive. Il évalue la compatibilité entre l’état de santé et le poste occupé, repère les risques professionnels, informe le salarié sur les moyens de s’en protéger et peut préconiser un aménagement du poste ou du temps de travail. Il dispose d’une indépendance garantie par la loi et reste tenu au secret médical. En revanche, il ne joue pas le rôle du médecin traitant, n’a pas vocation à suivre une maladie au long cours et ne vérifie pas le bien-fondé d’un arrêt de travail, mission qui relève du médecin-conseil de l’Assurance Maladie. Pour une vue d’ensemble du dispositif et de ses acteurs, notre dossier Médecine du travail détaille les missions du service et l’organisation du suivi.
Qui doit passer une visite de médecine du travail, et qui peut en être dispensé
Le suivi individuel de l’état de santé s’applique à tout salarié lié par un contrat de travail de droit privé. La durée du contrat ne change pas le principe : un CDD de quelques mois ou une mission d’intérim ouvrent droit au même suivi, avec des modalités d’organisation propres aux agences d’emploi temporaire. Les salariés des particuliers employeurs, rémunérés par exemple via le Cesu, relèvent d’un dispositif spécifique de santé au travail organisé au niveau national. Les agents de la fonction publique, eux, dépendent d’une médecine de prévention distincte, hors du champ de cet article.
Une dispense de visite d’embauche est possible lorsque trois conditions sont réunies :
- le salarié a bénéficié d’une visite d’information et de prévention dans les 5 dernières années (3 dernières années pour un salarié en suivi adapté) ;
- il occupe un poste identique, exposé à des risques équivalents ;
- le service de santé au travail dispose de la dernière attestation de suivi et aucun avis d’inaptitude ni aménagement n’a été émis sur la même période.
Exemple concret : une aide-soignante qui enchaîne deux CDD dans deux Ehpad à un an d’intervalle, sur un poste similaire, peut être dispensée de nouvelle visite. Un cariste recruté comme agent d’accueil, en revanche, change de profil de risque et doit être revu.
Les différents types de visites médicales au travail
Le Code du travail prévoit plusieurs rendez-vous, déclenchés par des événements distincts. Le tableau ci-dessous les rassemble pour faciliter la lecture.
| Visite | Moment | Qui la déclenche | Professionnel |
|---|---|---|---|
| Visite d’information et de prévention (VIP) | Dans les 3 mois après la prise de poste | Employeur | Médecin, collaborateur médecin, interne ou infirmier |
| Examen médical d’aptitude (suivi individuel renforcé) | Avant l’affectation au poste à risque | Employeur | Médecin du travail |
| Visite périodique | Au maximum tous les 5 ans (3 ans pour certains profils) | Service de santé au travail | Selon le protocole du service |
| Rendez-vous de liaison | Pendant un arrêt de plus de 30 jours | Employeur ou salarié, facultatif | Employeur, avec le service de santé associé |
| Visite de pré-reprise | Pendant un arrêt de plus de 30 jours | Salarié, médecin traitant, médecin-conseil ou médecin du travail | Médecin du travail |
| Examen médical de reprise | Dans les 8 jours suivant le retour | Employeur | Médecin du travail |
| Visite de mi-carrière | Année des 45 ans, sauf accord de branche | Service de santé au travail | Médecin ou infirmier |
| Visite à la demande | À tout moment | Salarié, employeur ou médecin du travail | Médecin du travail |
Le suivi individuel renforcé concerne les postes exposés à des risques particuliers : amiante, plomb, agents cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction, certains agents biologiques, rayonnements ionisants, travail en milieu hyperbare ou risque de chute lors du montage d’échafaudages. Pour ces salariés, l’examen d’aptitude initial est renouvelé au plus tard tous les 4 ans, avec une visite intermédiaire à mi-parcours, au plus tard au bout de 2 ans. Une visite peut aussi être organisée avant le départ à la retraite pour retracer les expositions passées.
La visite de mi-carrière, créée en 2021, sert à faire le point vers 45 ans sur l’adéquation entre le poste et l’évolution de la santé, afin de prévenir la désinsertion professionnelle avant qu’elle ne s’installe. Elle peut être couplée avec une autre visite programmée dans les deux années précédentes.
Pré-reprise ou reprise : ne pas confondre les deux rendez-vous
La confusion est fréquente, alors que ces deux visites n’interviennent ni au même moment ni avec le même objectif. La pré-reprise se déroule pendant l’arrêt, lorsque celui-ci dépasse 30 jours. Elle anticipe le retour : le médecin du travail peut recommander un aménagement de poste, une formation, un essai encadré ou un temps partiel thérapeutique. Le salarié peut la demander sans passer par son employeur, qui n’est d’ailleurs pas destinataire des informations médicales échangées. Les avantages et limites de cette reprise progressive, parfois désignée comme temps de travail thérapeutique, méritent d’être examinés avec le médecin avant la date de retour.
L’examen de reprise intervient au retour effectif. Il est obligatoire après un congé maternité, après une maladie professionnelle quelle que soit la durée de l’arrêt, après un accident du travail ayant entraîné au moins 30 jours d’absence, ou après une maladie ou un accident non professionnel d’au moins 60 jours. Il vérifie que le poste est compatible avec l’état de santé et clôt, juridiquement, la période de suspension du contrat. Lorsqu’une pathologie liée au geste professionnel est en cause, comme une tendinite de l’épaule ou un syndrome du canal carpien, il peut être utile de connaître en parallèle les critères du tableau 57 maladie professionnelle cpam pour la reconnaissance du caractère professionnel.
Délais de convocation et périodicité du suivi médical
C’est à l’employeur de déclarer chaque embauche à son service de santé au travail et de solliciter la visite dans les délais. Pour l’examen de reprise, il doit saisir le service dès qu’il connaît la date de fin d’arrêt, afin que le rendez-vous ait lieu au plus tard 8 jours après le retour. Tant que cet examen n’a pas été réalisé, le contrat reste en principe suspendu : le salarié ne peut pas être sanctionné pour avoir refusé de reprendre un poste incompatible avec son état, et l’employeur qui laisse reprendre sans visite engage sa responsabilité.
La périodicité du suivi est fixée par le médecin du travail selon l’âge, l’état de santé et les risques du poste, sans pouvoir dépasser 5 ans. Ce plafond descend à 3 ans pour les travailleurs de nuit, les salariés reconnus travailleurs handicapés et les titulaires d’une pension d’invalidité. Dans la pratique, les SPSTI connaissent des tensions d’effectifs et certains rendez-vous sont décalés. Un employeur qui a bien adressé sa demande et conservé la trace de ses relances se trouve dans une position plus solide en cas de litige.
Les RH ont intérêt à tenir un tableau de bord simple : date d’embauche, catégorie de suivi, date de la dernière attestation, prochaine échéance. Ce suivi évite d’oublier un apprenti arrivé en cours d’année ou un salarié qui revient d’un long arrêt.
Temps de travail, frais et confidentialité de la visite
Oui, la visite se fait sur le temps de travail. Le temps passé aux examens, y compris le trajet, est rémunéré comme du temps de travail effectif. Si le rendez-vous tombe en dehors de l’horaire habituel, ce qui arrive pour un salarié de nuit ou à temps partiel, il est payé comme tel. Les frais de transport sont pris en charge par l’employeur, tout comme les examens complémentaires prescrits par le médecin du travail.
La visite peut se dérouler en téléconsultation, à condition que le salarié l’accepte et que le médecin juge ce format adapté. Quant au contenu des échanges, il reste confidentiel : l’employeur reçoit seulement une attestation de suivi ou un avis, sans diagnostic ni détail médical.
Avant, pendant, après : le déroulé d’une visite à la médecine du travail
Avant. La convocation arrive généralement par l’employeur ou directement du service. Il est utile de préparer la liste de ses traitements, ses comptes rendus récents s’ils éclairent une difficulté au poste, ses lunettes ou appareils auditifs, et quelques notes sur les tâches qui posent problème : port de charges, horaires décalés, écran, stress.
Pendant. Le professionnel interroge le salarié sur son parcours, ses expositions et son ressenti au travail. Selon le poste, il peut mesurer la tension, tester la vue ou l’audition, ou demander une analyse d’urine. Le salarié peut évoquer librement une difficulté personnelle ou relationnelle : c’est l’un des rares espaces où il peut le faire sans crainte que l’information remonte à sa hiérarchie. La durée tourne souvent autour de 20 à 30 minutes, davantage en cas de suivi renforcé.
Après. Une attestation de suivi ou un avis est remis au salarié et à l’employeur. Si des préconisations sont formulées, l’employeur doit les prendre en compte ou expliquer par écrit pourquoi il ne peut pas les appliquer.
Profils particuliers : apprenti, travailleur de nuit, salarié handicapé
Plusieurs situations modifient le calendrier ou la nature du suivi, et méritent d’être connues à l’avance.
- L’apprenti doit être vu dans les 2 mois suivant son embauche. Un médecin de ville peut réaliser cette visite si le service de santé au travail n’est pas en mesure de la proposer à temps, selon un dispositif ouvert à titre dérogatoire.
- Le salarié de moins de 18 ans et le travailleur de nuit passent la visite d’information avant leur affectation, et non dans les 3 mois.
- Le salarié handicapé ou en invalidité est orienté vers le médecin du travail sans délai et bénéficie d’un suivi au moins tous les 3 ans. Il peut obtenir des préconisations précises : siège adapté, horaires aménagés, télétravail partiel.
- La salariée enceinte peut à tout moment être orientée vers le médecin, qui peut proposer une adaptation du poste pendant la grossesse ou au retour du congé maternité.
- Le salarié inquiet, qui craint de perdre son poste après un diagnostic, peut demander une visite de sa propre initiative : la demande ne peut pas justifier une sanction.
Le médecin du travail est lui-même un spécialiste issu de l’internat de médecine. Les lecteurs curieux du parcours de formation trouveront dans notre article sur la rémunération des internes des repères chiffrés, question externe médecine salaire comprise. Et pour les professionnels qui envisagent de rejoindre un service de prévention, notre guide Comment choisir un bon site spécialisé dans les offres d’emploi médicales aide à cibler les recrutements.
Avis d’aptitude ou d’inaptitude : ce que peut décider le médecin du travail
Depuis 2017, la plupart des salariés reçoivent une simple attestation de suivi, sans mention d’aptitude. L’avis d’aptitude médicale est réservé aux postes en suivi individuel renforcé. Dans tous les cas, le médecin peut aussi proposer par écrit des mesures individuelles : aménagement, adaptation ou transformation du poste, aménagement du temps de travail, restrictions temporaires.
L’avis d’inaptitude est la décision la plus lourde. Il ne peut être prononcé qu’après au moins un examen médical, une étude du poste, une analyse des conditions de travail et un échange avec l’employeur et le salarié. Le médecin conclut alors qu’aucune mesure d’aménagement n’est possible et que l’état de santé justifie un changement de poste. L’employeur doit rechercher un reclassement compatible avec les indications de l’avis, après consultation du CSE lorsqu’il existe. S’il ne reclasse ni ne licencie le salarié dans le mois qui suit, il doit reprendre le versement du salaire.
Le reclassement n’est pas exigé lorsque l’avis mentionne expressément que tout maintien dans un emploi serait gravement préjudiciable à la santé du salarié, ou que son état de santé fait obstacle à tout reclassement dans un emploi. L’inaptitude d’origine professionnelle ouvre des indemnités renforcées par rapport à une inaptitude non professionnelle. Ces conséquences étant importantes, un échange avec un représentant du personnel, un syndicat ou un avocat en droit du travail est conseillé avant toute décision.
Contester un avis du médecin du travail dans les 15 jours
Le salarié comme l’employeur peuvent contester un avis, une proposition ou une mesure du médecin du travail. Le recours se fait devant le conseil de prud’hommes, selon la procédure accélérée au fond, dans un délai de 15 jours à compter de la notification. Le conseil peut confier une mesure d’instruction au médecin-inspecteur du travail, qui a accès aux éléments médicaux ayant fondé l’avis. Les frais de cette mesure peuvent être mis à la charge de la partie perdante, sauf décision contraire du juge. Passé le délai, l’avis s’impose : mieux vaut donc noter la date de remise et agir sans attendre.
+Un salarié peut-il refuser de se rendre à une convocation de la médecine du travail ?
Non. La visite est obligatoire et un refus répété sans motif légitime peut être sanctionné par l’employeur, jusqu’au licenciement dans les cas les plus graves. En cas d’empêchement, il suffit de prévenir le service pour fixer une autre date.
+L’employeur peut-il connaître le diagnostic établi pendant la visite ?
Non. Le médecin du travail est soumis au secret médical. L’employeur reçoit uniquement l’attestation de suivi ou l’avis, avec d’éventuelles préconisations pratiques, jamais le contenu médical du dossier.
+Un CDD de quelques semaines donne-t-il lieu à une visite ?
En principe oui, dans les mêmes délais que pour un CDI. La dispense s’applique souvent si le salarié a déjà été vu récemment pour un poste équivalent et que le service dispose de sa dernière attestation.
+Que faire si l’employeur n’organise jamais la visite d’embauche ?
Le salarié peut demander lui-même un rendez-vous au service de santé au travail de l’entreprise, puis alerter le CSE ou l’inspection du travail si rien ne bouge. L’absence de suivi peut ouvrir droit à des dommages et intérêts si un préjudice est démontré.
+Le médecin du travail peut-il prolonger ou annuler un arrêt maladie ?
Non. L’arrêt relève du médecin traitant et son contrôle du médecin-conseil de l’Assurance Maladie. Le médecin du travail se prononce sur la compatibilité entre la santé et le poste, notamment lors de la pré-reprise et de la reprise.
+La visite à la médecine du travail peut-elle avoir lieu en visio ?
Oui, la téléconsultation est autorisée avec l’accord du salarié, lorsque le professionnel estime que l’examen ne nécessite pas de présence physique. Un examen clinique ou des tests auditifs imposent en revanche un rendez-vous sur place.



