Savon de Marseille sur les cheveux : ce qu’il fait vraiment à la fibre et au cuir chevelu

Pain de savon de Marseille posé près d'une chevelure mouillée, illustrant le lavage des cheveux au savon traditionnel

Laver ses cheveux au savon de Marseille est possible, mais le résultat dépend surtout de deux paramètres : la dureté de l’eau du robinet et l’état du cuir chevelu. Ce savon est alcalin, avec un pH situé autour de 9 à 10, alors que la fibre capillaire se porte mieux dans un milieu légèrement acide. Sur des cheveux gras et une eau douce, il peut offrir un lavage net et satisfaisant. Avec une eau calcaire, il laisse souvent un film terne et collant. Sur un cuir chevelu sensible, irrité ou sujet aux pellicules, mieux vaut rester prudent. Voici de quoi trancher, puis comment procéder si vous décidez d’essayer.

  • Usage ponctuel envisageable, mais rarement idéal au quotidien pour la majorité des chevelures.
  • Son pH alcalin soulève les écailles du cheveu : un rinçage légèrement acidifié limite les nœuds et l’aspect rêche.
  • En eau calcaire, il forme des dépôts qui ternissent les longueurs.
  • Eczéma, psoriasis, dermatite séborrhéique ou démangeaisons : demandez d’abord l’avis d’un dermatologue ou d’un pharmacien.

Pourquoi un savon alcalin se comporte autrement qu’un shampoing

Un savon naît d’une réaction chimique simple, la saponification : des huiles végétales chauffées avec de la soude donnent des sels d’acides gras, qui nettoient, et de la glycérine. Ce procédé produit forcément un produit basique. On ne peut pas l’acidifier sans qu’il cesse de mousser et de laver, c’est une limite de nature, pas un défaut de fabrication.

Le cuir chevelu, lui, affiche un pH proche de 5,5, et la tige du cheveu est encore un peu plus acide. Lorsqu’on la plonge dans un milieu alcalin, la kératine gonfle légèrement et les cuticules, ces petites écailles qui recouvrent chaque cheveu comme des tuiles, ont tendance à se soulever. Les cheveux frottent davantage entre eux, s’emmêlent et accrochent la lumière de façon irrégulière : ils paraissent moins brillants.

Les shampoings du commerce reposent sur des tensioactifs de synthèse dont le pH est ajusté, en général entre 5 et 7, et ils contiennent souvent des agents qui lissent la fibre. Le savon de Marseille n’a pas cette souplesse. Il lave efficacement le sébum, parfois trop, mais il ne protège pas la cuticule. Cela ne le rend pas dangereux : cela explique simplement pourquoi le toucher après lavage surprend tant de personnes la première fois.

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Eau calcaire, dépôts et cheveux ternes : le vrai point faible

Le principal obstacle n’est pas le savon lui-même, mais sa rencontre avec le calcium et le magnésium de l’eau. Ensemble, ils forment des savons calciques insolubles, exactement ce qui dessine l’anneau grisâtre au bord d’une baignoire. Sur la chevelure, ce dépôt se traduit par un toucher cireux, des mèches qui collent, une impression de cheveux sales alors qu’ils sortent de la douche.

Beaucoup de témoignages évoquent une « période de transition » de plusieurs semaines pendant laquelle le cuir chevelu devrait se réguler. Une partie de ce que l’on attribue à ce sevrage correspond en réalité à ces résidus minéraux, qui s’accumulent lavage après lavage. Si l’aspect gras et poisseux persiste au-delà de trois ou quatre semaines, l’eau est probablement en cause plus que votre cuir chevelu.

Pour savoir où vous en êtes, consultez la dureté de l’eau, exprimée en degrés français (°f), sur votre facture ou sur le site de votre distributeur. Au-dessus d’environ 25 °f, l’eau est considérée comme dure, et c’est le cas dans une large partie du territoire. Dans ces conditions, le rinçage acide décrit plus bas devient indispensable, et certaines personnes finissent par réserver leur dernier rinçage à une eau filtrée ou en bouteille faiblement minéralisée.

Cuirs chevelus gras, secs ou fragiles : qui peut tenter l’essai

Tous les profils ne réagissent pas de la même manière. Le tableau ci-dessous résume ce que l’on peut raisonnablement attendre, sans prétendre remplacer un avis personnalisé.

Profil Ce que l’on peut attendre Point de vigilance
Cuir chevelu gras, cheveux fins Lavage efficace, sensation de propreté nette Effet asséchant possible sur les pointes
Cheveux secs, bouclés ou crépus Résultat souvent décevant, boucles moins définies Nœuds, casse au démêlage, besoin d’un soin après lavage
Cheveux colorés ou décolorés Peu d’intérêt Le pH alcalin peut accélérer le dégorgement de la couleur
Cuir chevelu sensible, pellicules, dermatite séborrhéique, psoriasis Imprévisible, parfois irritant Avis médical préalable, les traitements adaptés existent
Jeunes enfants Aucun bénéfice particulier Picotements intenses en cas de contact avec les yeux

En pratique, les personnes qui s’en accommodent le mieux ont un cuir chevelu qui graisse vite, des cheveux plutôt courts et une eau peu calcaire. Pour les chevelures longues, texturées ou traitées chimiquement, le rapport bénéfice et inconvénients penche rarement en faveur du pain de savon utilisé seul.

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Repérer un authentique savon de Marseille dans le rayon

La mention « savon de Marseille » n’est pas protégée par une appellation d’origine, si bien que l’étiquette recouvre des produits très différents. Pour un usage sur la peau et les cheveux, c’est la liste des ingrédients (INCI) qui renseigne vraiment.

  • Une composition courte : sodium olivate (huile d’olive), sodium cocoate (coprah), sodium palmate (palme), eau, glycérine, éventuellement du sel.
  • Pas de parfum ni de colorant : ce sont des sources fréquentes d’allergies et d’irritations du cuir chevelu.
  • Pas de graisse animale si vous cherchez la recette traditionnelle végétale : elle apparaît sous le nom de sodium tallowate.
  • La couleur comme indice : le pain vert est majoritairement à l’huile d’olive, le pain beige ou blanc associe plutôt palme et coprah, généralement plus moussant et un peu plus décapant.

Les copeaux destinés à la lessive et les savons « de type Marseille » parfumés vendus pour la maison ne sont pas conçus pour la toilette. Mieux vaut les laisser à leur usage ménager.

La méthode de lavage qui limite les inconvénients

Si vous souhaitez essayer, la manière de procéder compte presque autant que le produit choisi.

  1. Mouillez abondamment la chevelure à l’eau tiède, jamais très chaude, afin de ne pas stimuler davantage les glandes sébacées.
  2. Faites mousser le savon entre vos mains plutôt que de frotter le pain sur les longueurs, ce qui emmêle et laisse des fragments.
  3. Massez le cuir chevelu du bout des doigts pendant une minute environ, sans insister sur les pointes : la mousse qui coule au rinçage suffit à les nettoyer.
  4. Rincez longuement, bien plus qu’avec un shampoing, jusqu’à ce que le cheveu ne crisse plus sous les doigts.
  5. Terminez par un rinçage acidifié : une à deux cuillères à soupe de vinaigre de cidre dans un litre d’eau, en protégeant les yeux. Cette eau aide à refermer les écailles et à dissoudre une partie des dépôts calcaires.

Côté fréquence, une utilisation une fois par semaine, en alternance avec un shampoing doux, permet de juger de la tolérance sans exposer les cheveux à un lavage alcalin répété. Un après-shampoing léger appliqué sur les longueurs reste possible et facilite le démêlage.

Avant les flacons de shampoing, le pain de savon dans les salles de bains

L’idée de se laver les cheveux au savon de Marseille n’a rien d’une invention récente. Jusqu’au milieu du XXe siècle, avant que les shampoings liquides à base de tensioactifs de synthèse ne se répandent dans les foyers, on lavait souvent sa chevelure avec le même pain que pour le corps, et bien moins fréquemment qu’aujourd’hui. Le rinçage au vinaigre, ou au jus de citron pour les cheveux clairs, faisait partie des gestes transmis en famille.

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Un détail éclaire pourtant ces souvenirs : on utilisait volontiers l’eau de pluie recueillie dans un tonneau ou une bassine. Or cette eau est naturellement douce, presque dépourvue de calcaire, ce qui limitait précisément les dépôts dont se plaignent les utilisateurs actuels. Ces gestes de toilette d’une autre époque, entre bassine d’eau de pluie et vinaigre de la cuisine, se retrouvent parmi bien d’autres scènes du quotidien dans les récits de Monde Vintage, qui rappellent combien l’hygiène d’hier dépendait des ressources disponibles à la maison. Transposée sans précaution sous une douche alimentée par une eau dure, la même routine donne un résultat bien différent.

Les signaux qui doivent faire arrêter l’expérience

Un essai reste un essai. Certains signes indiquent que le savon ne convient pas à votre cuir chevelu, et qu’il vaut mieux revenir à un produit au pH adapté :

  • démangeaisons qui persistent plusieurs jours après le lavage ;
  • rougeurs, sensation de brûlure ou apparition de plaques ;
  • pellicules plus nombreuses qu’avant le changement de routine ;
  • cheveux qui cassent au démêlage, avec des fragments courts sur la brosse.

Une chute de cheveux marquée n’a généralement pas pour origine un savon, mais elle peut avoir des causes hormonales, nutritionnelles, médicamenteuses ou dermatologiques qui méritent d’être explorées. Dans ce cas comme devant une irritation qui ne cède pas, un médecin généraliste, un dermatologue ou un pharmacien pourra orienter vers un examen ou un traitement adapté.

Le savon de Marseille peut-il provoquer une chute de cheveux ?

Il n’existe pas de lien établi entre ce savon et une chute de cheveux au sens médical. En revanche, des longueurs emmêlées et rêches cassent plus facilement au brossage, ce qui peut donner l’impression d’en perdre davantage. Une perte importante ou soudaine justifie une consultation.

Est-il adapté pour laver la tête d’un enfant ?

Ce n’est pas l’option la plus confortable. Le savon pique fortement les yeux et son pH n’apporte aucun avantage sur une peau jeune. Un shampoing doux formulé pour les enfants reste plus simple à utiliser au quotidien.

Combien de lavages faut-il pour juger du résultat ?

Trois à quatre lavages, répartis sur autant de semaines, donnent une idée assez fiable. Si les cheveux restent ternes et collants malgré un rinçage au vinaigre, l’eau calcaire est vraisemblablement en cause et la méthode a peu de chances de s’améliorer avec le temps.

Ce savon aide-t-il contre les pellicules ?

Il n’a pas d’action antifongique démontrée sur les pellicules, qui sont souvent liées à une levure naturellement présente sur le cuir chevelu. Il peut même aggraver une peau déjà irritée. Les shampoings traitants vendus en pharmacie sont mieux adaptés, idéalement sur conseil d’un professionnel de santé.

Vaut-il mieux choisir le pain vert ou le pain blanc pour la chevelure ?

Le pain vert, riche en huile d’olive, est souvent perçu comme un peu plus doux. Le blanc ou beige, à base de coprah et de palme, mousse davantage et dégraisse plus fortement, ce qui peut convenir à un cuir chevelu très gras. Dans les deux cas, le pH reste alcalin et le rinçage acide demeure recommandé.

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